Le destin qui ne lui avait pas souri en lui refusant la juste récompense « européenne » que méritait son beau parcours, le S.C.B. allait donc le forcer sur le front de la Coupe Intertoto. N’ayant pu accéder directement au wagon de l’U.E.F.A. par la voie du championnat (pour un tout petit point !) il allait en effet « rattraper le coup » en franchissant un à un les obstacles placés au travers de sa route, jusqu’à pouvoir ainsi monter dans le « train de la nostalgie »…
Une « campagne » Intertoto entamée donc en Croatie par un bel après-midi dominical de la fin juin. Et alors que les Bastiais, dont les vacances s’étaient vues de la sorte raccourcies, n’avaient ainsi que 4 jours d’entraînement « dans les jambes ». Sur le terrain de Radnicki (dans la banlieue de Zagreb) Siljak ouvre pourtant le score juste avant le repos… et il faut un exploit (le premier d’une longue liste) de Durand en fin de match, pour empêcher Dragovoljak d’égaliser sur penalty ! Le S.C.B. entame donc ce premier tour par poules, avec une victoire (1 -0).
Et d’une !
S’ensuit la venue de Silkeborg à Furiani où l’on n’oubliera pas de si tôt cette très rugueuse équipe danoise. Les Bastiais cèdent pourtant naïvement à la provocation et doivent finir à neuf (André expulsé en début de match et Rool en 2ème période). Fort heureusement, Siljak avait à nouveau trouvé la faille auparavant (1 -0).
Et de deux !
Coriace (mais plus correcte) se révèle également l’équipe galloise d’Ebbw Vale, auquel le S.C.B. doit ensuite rendre visite. Siljak, encore et toujours, concrétise toutefois la bonne première demi-heure de son équipe. Mais comme les locaux réduisent l’écart avant l’heure de jeu, c’est une difficile fin de match que doit vivre le S.C.B…. qui préserve malgré tout sa victoire (2-1).
Et de trois !

Sûr de sa qualification pour le 2ème tour avant même d’avoir à disputer le dernier match, le S.C.B. aborde donc celui-ci trop décontracté. Et à Furiani, les Autrichiens de Casino Graz s’imposent pour la forme (2-1 , but bastiais de Mendy) au terme d’un match décevant de la part des « bleus », et assez mouvementé là encore (9 cartons jaunes).
Les choses plus sérieuses sont appelées à débuter au 2ème tour puisque le S.C.B. se voit opposé au prestigieux H.S.V. Hambourg. Que l’équipe de Freddy Antonetti sait toutefois totalement neutraliser au match-aller en Allemagne, s’offrant même le luxe d’une victoire inattendue grâce à un coup-franc somptueux de Rool (1 -0). Et de quatre !
Au retour, les Germaniques démontrent toutefois qu’ils ne sont pas les premiers venus. Au terme d’un match plutôt crispant (expulsion de Jurietti) et sans but, le S.C.B. paraît pourtant en passe de se qualifier quand, à la dernière minute, c’est la stupeur, Hambourg marque ! Il faut ainsi avoir recours à des prolongations… durant lesquelles la délivrance viendra finalement du jeune Prince (1 – 1). Il ne reste plus alors qu’un obstacle à franchir et il est… Suédois.
Comme à Hambourg, le S.C.B. maîtrise bien son sujet à Halmstadt et c’est Prince qui, à peine entré en jeu, inscrit en tout début de la 2ème période, le but de la victoire.
Et de cinq !

Un résultat qui place évidemment l’équipe bastiaise en position de force dans l’optique de la qualification à l’U.E.F.A. Mais l’histoire se répète et comme les Allemands au tour précédent, les Suédois, habiles et robustes, rétablissent l’équilibre à Furiani. Re-belote les prolongations et… re-belote la délivrance qui vient d’un petit attaquant africain. Cette fois, c’est Ousman Soumah qui fait hurler le stade Armand Cesari de bonheur.. avant de lui faire retenir son souffle d’émotion. Le petit Guinéen ne se relève pas et on comprend rapidement que l’instant est grave. En marquant, il a violemment percuté le gardien adverse et s’est vilainement blessé. On saura plus tard qu’une tragédie a même été évitée pour quelques millimètres seulement : Ousman s’est fracturé une vertèbre cervicale et ne pourra plus rejouer avant longtemps.Un moindre mal cependant quand on sait qu’il aurait pu ne jamais se relever ! Sa blessure gâche en tout cas le plaisir du club d’avoir ainsi touché au but car le S.C.B., à la faveur de ce but, s’est donc ouvert toutes grandes les portes de la C 3… Il ne réalisera vraiment ce qui lui arrive qu’au travers du tirage au sort, trois jours plus tard.
Ce tirage au sort ayant désigné le Benfica de Lisbonne, le club bastiais va donc retrouver la capitale portugaise… très exactement vingt ans après y avoir réussi le premier exploit de sa fabuleuse épopée. C’était face au Sporting. Et, comme à l’époque, le S.C.B. doit disputer la première manche chez lui. Un match qui le voit terriblement crispé tout au long d’une première période durant laquelle Joao Pinto et ses camarades contrôlent la situation. Mais le sursaut bastiais est brutal après le repos. Soudain débarrassée de ses complexes, l’équipe de Freddy Antonetti se met à sérieusement bousculer son adversaire et c’est justice si, à 9 minutes de la fin, André inscrit le but de la victoire ! Rien n’est joué toutefois car une soirée difficile est promise au S.C.B. lors du match retour au gigantesque Stade de la Luz… Et le Benfica tient cette promesse, soumettant l’équipe bastiaise à un véritable pilonnage en première période. Mais Durand est en état de grâce et repousse toutes les tentatives. En 2ème période, Siljak, Gohel, Jestrovic et André sont tour à tour bien près, sur contres, de piéger l’équipe portugaise qui s’est toute entière portée à l’attaque. Une dernière tête de Joao Pinto échoue sur la transversale bastiaise et… c’est terminé : le S.C.B. fait bégayer l’histoire en se qualifiant à nouveau pour le 2ème tour de cette Coupe de l’U.E.EA.
Comme en 77 !

Le tirage désigne alors le Steaua Bucarest. Club prestigieux là encore mais qui ne s’est jamais qualifié face à un rival français et reste même sur un camouflet à Paris où le P.S.G., au tour préliminaire de la Ligue des Champions, lui a fait subir un terrible (5-0) alors que les Roumains avaient remporté l’aller sur tapis vert (3-0).
Cette fois, le S.C.B. doit disputer la première manche à l’extérieur. Et à Bucarest, il se débrouille très bien pendant une heure. Le Steaua est non seulement mis sous l’éteignoir, mais les Bastiais se procurent de plus de superbes occasions… Mais ils les gâchent toutes une à une ! Mal leur en a pris : l’énervement que génère cette situation crispante, se traduit de la pire des façons concernant Swierczewski, expulsé pour n’avoir pas su contrôler ses nerfs face aux provocations adverses. Un incident qui rallume la flamme du Steaua. A dix, le S.C.B. ne parvient pas à l’éteindre. Il encaisse un but et se retire battu (0-1) alors même qu’il avait largement les moyens de remporter cette rencontre et de prendre ainsi une option sur la qualification !
L’espoir n’est toutefois pas perdu, le S.C.B. se promettant de rectifier le tir sur sa pelouse. Et il aborde d’ailleurs le match avec une belle détermination pour se créer très vite trois ou quatre occasions à la faveur desquelles il aurait dû « tuer » le suspense et ficeler le paquet… Au contraire, sa finition encore une fois défaillante va lui coûter très cher. D’autant que les Roumains, eux, savent se montrer terriblement réalistes à l’image du jeune Munteanu qui, sur contres, trouve par deux fois la faille. Au repos, Furiani a la tête dans le sac… et son équipe avec lui car ses chances se trouvent réduites quasiment à néant. Qu’à cela ne tienne : perdu pour perdu, autant prendre maintenant tous les risques ! Le Sporting jette donc toutes ses forces dans la bataille et trouve rapidement récompense à sa généreuse débauche d’efforts : Prince réduit joliment l’écart puis égalise superbement. L’espoir renaît. Et quand Mendy ajoute un 3ème but à 13 minutes de la fin, le spectre d’une nouvelle élimination-humiliation se met à planer sur le Steaua. Qui, en tirant toutes les ficelles (même les plus grosses) de la provocation, de la déstabilisation adverse et même de la tricherie, parviendra toutefois à ne plus céder de terrain. Et se qualifiera alors même qu’il était donc très largement à la portée du S.C.B.
Une sortie de scène qui, pour très longtemps, laissera un goût bien amer… Dommage !
Mais parce qu’elle lui a redonné goût à l’Europe et lui a beaucoup appris, cette aventure porte en elle l’espoir d’un rapide retour du club bastiais à ce niveau.