« Hop, get, zé, Hop, get, zé » répètent à l’infini les supporters des Sauterelles. « Forza Bastia », répliquent les 10 000 insulaires qui ont fait le déplacement en terre alémanique. Pour la première fois le Sporting commence son « tour » de Coupe d’Europe par un match à l’extérieur. Krimau n’en a cure. Passé le premier quart d’heure, il trouve la faille dans la défense adverse. La Corse exulte. Les Grasshoppers de Zurich reviennent au score puis dépassent le Sporting par l’intermédiaire de Ponte qui, quelques saisons plus tard, endossera le maillot bleu. Papi remet les pendules à l’heure et même si les Suisses sortent vainqueurs du débat, ils savent que le plus dur reste à faire. Mais pour beaucoup cette première demi-finale restera marquée par les larmes qui ont roulé sur les joues de Jean-François Larios quand, à l’Hôtel Atlantis lieu de résidence des Bastiais, il apprit qu’il ne ferait pas partie du onze corse de départ.
A Furiani, quinze jours plus tard, Jean-François est bien de la partie. Mais le héros de cette soirée du 12 avril 1978 est Claude Papi. C’est lui qui peu après l’heure de jeu frappe ce coup-franc, entré depuis dans l’histoire du club. C’est encore lui qui reprend le ballon mal renvoyé par les défenseurs helvétiques. C’est enfin lui qui fait sauter le verrou suisse. Sur le banc, image rare, Cahuzac et jules Filippi, heureux, tombent dans les bras l’un de l’autre. Le Sporting est en finale !
Mercredi 26 avril 1978. Il a plu et il pleut encore sur Furiani, où après une belle polémique comme la Corse sait en générer, le
Sporting joue « sa » première finale face au PSV Eindhoven. On se pince pour se persuader qu’on ne rêve pas. En face il y a bien les jumeaux Van de Kerkhof, Van Beveren, Van der Kuylen. Mais les joueurs de Rijvers tremblent comme les autres en pénétrant sur ce qui ressemble bien plus à une piscine qu’à une pelouse. Mais l’espace de quatre vingt dix minutes l’aire de jeu bastiaise, entrée à jamais dans la légende, va trahir les siens. Sur la boue de Furiani, où le ballon a du mal à rebondir et où il n’obéit plus aux impulsions des joueurs, les attaques corses nombreuses et conséquentes s’enlisent à tout coup. Et quand les attaquants bleus, au prix de mille efforts, finissent par se frayer un chemin dans la surface de réparation, ils trouvent régulièrement devant eux l’immense Van Beveren. Pour la première fois depuis le mois de septembre 1977, l’attaque du Sporting demeure muette. 9 Mai à Eindhoven. Un pont aérien entre l’île et Amsterdam permet à toute la Corse d’assister au match retour. La veille Felix, déçu de ne pas faire partie du onze de départ, claque rageusement la porte du vestiaire où Cahuzac vient de faire part de son choix. Ce qui n’est qu’un incident, relaté par les envoyés spéciaux de la presse insulaire, se transforme auprès des supporters en empoignade qui bien sûr, foi d’observateur privilégié, n’a jamais eu lieu.
On oublie en fait que le Sporting, épuisé par une incessante série de rencontres de Coupe d’Europe, de coupe de France, de championnat et de rencontres de retard n’est plus que l’ombre de lui-même. Le rendez-vous au stade Philips d’Eindhoven le confirme.
C’est, en fait, le type même de la rencontre de trop, venant pour le SECB après l’étincelant et inutile assaut mené devant ces mêmes Hollandais contre lequel il a usé ses dernières forces quinze jours plus tôt.
Le miracle n’a pas lieu et même si Hiard permet d’entretenir un peu l’espoir, Willy Van de Kerkhof puis plus tard Dyckers et Van der Kuylen donnent au succès du PSV une ampleur démesurée.
Mais le « bleu » de Bastia rentre malgré tout dans l’histoire de la coupe d’Europe de l’UEFA. A l’heure de la distribution des lauriers, ce sont des joueurs au maillot bleu frappé de la tête de Maure qui reçoivent le trophée ! Le PSV Eindhoven, qui venait de troquer ses couleurs avec celles du Sporting, a inscrit ce soir là son nom au palmarès mais, quelque part, cette ultime image surgie du passé et à peine jaunie par le temps, prouve que cette Coupe fut aussi un peu la nôtre, celle du Sporting, celle de la Corse.