Cet épisode relate les huitièmes et quarts de finale face au Torino et Carl Zeiss Iéna, deux clubs habitués aux joutes européennes.
Gigi Radice et le Torino fort de Graziani, Pulici, Sala et quelques autres grands du « Calcio » partagent le même avis en prenant connaissance du tirage au sort. Un peu comme le Sporting de Lisbonne, au début de 1′épreuve, ils pensent que rien ne peut leur arriver face à tel adversaire.

D’autant qu’à Furiani Pulici fait rapidement parler la poudre et même si Papi et Rep en seconde période offrent un cinquième succès consécutif à l’équipe du président Paul Natali, la confiance des Italiens n’est pas ébranlée pour autant. Conscients de l’importance de ce but marqué à l’extérieur, ils ont toutes les raisons de croire à leur bonne étoile le 7 décembre au Stadio Communale.
Mais c’est sans compter encore avec ce diable de Pierre Cahuzac qui, confronté à l’accident dont est victime sur la route Félix et malgré la pléiade de néophytes déjà lancés au plus haut niveau, sort un nouvel extra-terrestre de son chapeau : Krimau. Deux syllabes qui donnent des cauchemars aux Italiens.
Face au « Torino » il agite ses gants rouges à deux reprises pour entrer dans la légende de la coupe d’Europe. Une page qui, sans doute, n’aurait jamais été écrite si, admonesté, Merry Abdelkrim dit « Krimau » n’avait donné suite aux imprécations de ses dirigeants qui lui ont longtemps fait le reproche de ne pas disposer d’un passeport.

Une situation, qui fut à deux doigts de lui valoir, en début de saison, un retour rapide au… Maroc.
Les dix mille supporters, qui ont affronté le froid de Turin et qui ne veulent croire qu’aux propos de Cahuzac estimant que Krimau a aussi des yeux derrière la… tête tant il voit et il sent le jeu, n’en ont cure. Ils sont venus de toutes parts. Par la route. Par les airs. Et par la mer. Et ils n’ont pas oublié. Surtout pas ceux qui, embarqués sur ce navire en panne, ont longtemps dérivé au retour entre l’Italie et la Corse avant de remettre le bon cap sur Bastia.
Mais dans l’euphorie de ce sixième succès, qui s’en soucie : n’était-ce pas Bastia-Bonheur ? Loué par toute la presse. Toutes les chaînes de télé. Les radios. RMC et Didier Beaune qui, plus tard, sera fait citoyen d’honneur de la ville pour avoir hurlé dans le micro toute la fougue mise par les partenaires de Charles Orlanducci et Paul Marchioni à faire du Stadio Communale une… annexe de Furiani. Six matches. Six victoires. En coupe d’Europe de l’UEFA il n’y a guère que le Borussia de Moenchengladbach qui a fait mieux. Mais le record ne va pas tarder à être égalé.

A Turin le triomphe du SECB a coïncidé, à cinq jours près, avec l’anniversaire d’Austerlitz. Le tirage au sort va, par un de ces raccourcis dont l’histoire a le secret, placer… Iena sur le chemin du Sporting. Tino Rossi, lien entre l’Empereur et Bastia, peut alors chanter  » Forza Bastia, forza Corsica, simu i più forti, si vincerà ».

Le Sporting va non seulement être le plus fort mais aussi vaincre son adversaire est-allemand avec un tel panache que plus rien ne peut l’empêcher de faire partie du carré d’as de l’épreuve. Pourtant Rep, suspendu, suit la rencontre des tribunes. Mais Mariot, Felix et Franceschetti sont revenus et Pierrick Hiard effectue ses débuts européens avec le Sporting.
Au terme de la soirée c’est un fabuleux 7 à 2 qui est offert à Furiani avec deux nouveaux buts de Felix, des buts de Larios, de Papi, de Mariot, de Cazes et de Franceschetti, impériaux. « Le Carl Zeiss Iena est une équipe de haut niveau » avait prévenu avant la rencontre Jules Filippi. On avait du mal à s’en persuader à Furiani.
Sur le stade champêtre de la capitale de l’optique, on va mieux apprécier la première impression du directeur sportif du Sporting. De fait, on souffre en RDA mais les deux buts de Papi et Krimau permettent au Sporting, battu pour la première fois dans l’épreuve (4 à 2) mais qualifié, de se hisser au niveau du PSV Eindhovein, de Barcelone et des Grasshopppers de Zurich !